Anne Sengès - writer / journalist

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Etats-Unis (Et nulle part ailleurs)
A l’école de l’orgasme de 60 minutes…

Marie-Claire Magazine Septembre 2003

par Anne Sengès

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© Pia Torelli
A l’est de San Francisco, dans le salon d’un coquet pavillon de Walnut Creek, se déroule un séminaire au thème prometteur: une journée célébrant l’orgasme féminin. Julie, l’hôtesse des lieux, s’affaire dans la cuisine pour préparer cookies et café. Vera et Steve Bodansky, grands spécialistes de "l’orgasme féminin massif et prolongé" et maîtres de cérémonie, accueillent les douze participants –six hommes et autant de femmes, célibataires ou en couple, âgés de 25 à 63 ans–, qui déboursent aujourd’hui $125 (environ 110 euros) pour découvrir (ou redécouvrir) les secrets de l’orgasme longue durée

Vera, 67 ans, d’origine russo-serbe et élégamment vêtue d’un tailleur-pantalon blanc-cassé, n’est autre que la reine de cet exploit. Aux mains de son époux Steve, de treize ans son cadet, elle est capable de jouir une heure entière (sans la moindre pause), ce qui lui vaut parfois le surnom de "Madame 60 minutes".

New-yorkais de naissance, Steve aime à se décrire comme un "explorateur en sciences du plaisir". Armé d’un diplôme de biologie moléculaire et titulaire, tout comme Vera, d’un doctorat en sciences du plaisir féminin –diplôme délivré par More University, une école expérimentale basée en Californie du Nord– il s’est fixé, avec son épouse, une mission bien précise : faire comprendre et démontrer aux hommes que l’orgasme féminin est un art à maîtriser et à pratiquer… sans modération. Très prisé aux Etats-Unis, pays pourtant réputé pour son puritanisme farouche, ce séminaire attire des groupes de plus en plus nombreux d’aficionados à la recherche du plaisir sexuel, venant principalement des grands centres urbains. Deux fois par an, les Bodansky sont notamment les "guest stars" d’un institut new-yorkais dédié au plaisir féminin, la "School of Womanly Art", créé par "Mama Gena", elle même connue dans la presse glamour comme la déesse new-yorkaise de l’amour. Soucieux d’organiser la relève, ces sexologues hors du commun repèrent aussi les étudiants les plus assidus durant les séminaires comme celui d’aujourd’hui.

La leçon nécessite quelques instruments, déjà réunis dans le salon: une table de masseur, un gel lubrifiant, et une serviette de toilette. Sans compter une femme volontaire au corps expert : celui de Vera et les mains habiles de Steve. Le chronomètre est optionnel puisque Vera ne redescend du septième ciel que selon le bon vouloir de son mari. Son record : un orgasme de trois heures! Mais ne sautons pas les étapes. Car les formations animées par Vera et Steve ont avant tout pour but de faciliter la communication entre hommes et femmes. La matinée est donc consacrée à une séance questions/réponses sur le thème de la bataille des sexes.

Anakha, 43 ans, blonde bien en chair, en profite pour révéler à son petit ami Bill, 39 ans, que ses collègues de bureau la courtisent alors qu’elle se sent totalement ignorée par lui. Margaret, 47 ans, avoue une multitude de partenaires, mais admet "ne pas savoir ce qu’elle cherche". Et lorsqu’Alexis, jolie brunette d’une quarantaine d’année, se décrit comme "une éternelle insatisfaite au lit", Steve la rassure en répliquant que la plupart des hommes sont ignares en matière orgasmique, beaucoup ne soupçonnant même pas le rôle fondamental joué par le clitoris. "Ce bouton d’amour est le centre de tous les orgasmes, et sa seule fonction est de procurer du plaisir, précise Vera. Il abrite deux fois plus de terminaisons nerveuses que le gland du pénis chez l’homme, ce qui en fait une zone tout particulièrement érogène". Selon les statistiques de Steve et Vera, moins d’une femme sur trois se dit capable d’atteindre l’orgasme par pénétration vaginale, alors que toutes celles venues les consulter ont réussi à atteindre le plaisir avec stimulation manuelle du clitoris grâce aux techniques prônées par ces maîtres.

Après la théorie, la deuxième partie de cette journée orgasmique est consacrée à la "démo" ou "Demonstration of Extended Massive Orgasm". Steve et Vera ont écrit pas moins de deux livres sur le sujet. Dans le premier, ils expliquent que "produire des orgasmes est beaucoup plus facile qu’apprendre à jouer du violon. Mais comme tout sport ou hobby, pour devenir expert, il faut s’entraîner".

Michael, 25 ans et célibataire au visage avenant, avoue assister à sa troisième séance dans l’espoir de devenir un "étalon au lit", son but ultime étant de procurer le plus de plaisir possible à celle qui va prendre son cœur. Wilhem, dit Tito, 62 ans, explique qu’il a parcouru les 600 km qui séparent Los Angeles de Walnut Creek pour assister à son premier séminaire, car sa petite amie, une Iranienne de 64 ans, lui soutient que les Iraniens sont les meilleurs amants du monde.

"Alors qu’orgasme banal ne dure que quelques secondes, (même s’il peut être multiple) et se traduit par neuf à douze spasmes, l’orgasme massif et prolongé commence dès la première caresse et dure aussi longtemps que le couple le désire", précise Steve. Pour parvenir à un tel résultat, il prescrit aux débutants des séances initiatiques de dix à quinze minutes. Pendant que Vera part enlever son tailleur pour réapparaître en nuisette en soie ocre, Steve installe une table de masseur au milieu de la pièce qui ne réunit plus que neuf participants, certaines âmes sensibles ayant préféré sécher cette partie plus intime de la leçon. Vera se dénude, embrasse tendrement son mari et s’allonge, un oreiller en forme de cœur sur l’abdomen afin que Steve y pose son coude. Lui, tout habillé puisque il n’utilise que ses mains comme instruments de plaisir, se positionne à ses côtés, face au public, et se lance dans un cours d’anatomie vaginale tout en enduisant de lubrifiant vagin, petites et grandes lèvres, sans oublier la star incontestée du jour, le clitoris. Julie met un disque de Norah Jones, Vera aimant jouir en musique. A la surprise générale le seul frottement des doigts de Steve sur les parties sensibles de Vera suffit à provoquer son envol. Alors que le chronomètre indique 52 secondes Vera commence à gémir et son bas ventre se contracte. Steve, un doigt de la main gauche apposé dans le vagin de son épouse et l’index de la main droite titillant le clitoris, envoie sa femme au septième ciel. Le chrono indique 2 min 30 s : Vera a les mains en l’air, ultime signe d’extase. A 3 min 20 s, Steve est en mesure de confirmer qu’elle fait l’expérience d’un très bel orgasme. Durant toute la démo, elle continue néanmoins de répondre aux questions. Michael veut savoir pourquoi son corps reste si sagement en place hormis les spasmes qui la secouent. "Tout le stress est évacué de mon corps, explique-t-elle, et je m’abandonne aux mains de Steve tout en lui indiquant les caresses que je préfère". Randy, 63 ans, entraîné à cette réunion par sa partenaire Edna, 60 ans, veut savoir si le point G est un mythe et s’il est possible pour l’homme de vivre ses fantasmes lorsqu’il est occupé à donner sans pour autant recevoir. Steve lui rappelle que ce fameux point G est une zone sensible du vagin et précise que tous les fantasmes sont les bienvenus, si Madame n’y voit pas d’inconvénient (lui même en avoue beaucoup).

Aux mauvaises langues qui demandent s’il arrive à Vera de feindre le plaisir, Steve réplique que les faits sont irréfutables : l’engorgement des vaisseaux sanguins du vagin, les petites lèvres d’une couleur plus foncées et les spasmes qui secouent son corps sont autant de preuves indéniables que sa femme prend son pied. Alors que Steve continue à varier les caresses, l’audience est invitée à venir mesurer l’intensité du plaisir éprouvée par Vera. Julie, première à se porter volontaire, pose une main sur sa cuisse et déclare sentir l’énergie qui se dégage de ce corps allongé. Tito est même convié à poser sa main sur le bas ventre de Vera pour sentir ses convulsions. Michael est rouge comme une pivoine. Julie veut savoir si les hommes présents dans la pièce ressentent quelque chose de spécial "à hauteur de la braguette". Randy, soudain détendu, déclare lui aussi avoir eu un orgasme!

Avant d’inviter Vera à redescendre sur Terre Steve encourage son public à former un cercle autour de sa femme en se tenant par la main, en une sorte de communion orgasmique. Dans la pièce l’émotion monte d’un cran et le visage de Vera rayonne d’extase. Son petit secret de beauté ? L’orgasme prolongé, que tous les stagiaires n’ont désormais plus qu’à expérimenter.

Pour en savoir plus sur l’orgasme massif et prolongé consultez le site de Vera et Steve Bodansky www.extendedmassiveorgasm.com A lire : The Illustrated Guide to Extended Massive Orgasm (Hunter House Publishers, 2002) et Extended Massive Orgasm (Hunter House Publishers, 2000).




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