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Le Malaise Des Musulmans L'Express du 21 septembre 2001 par Anne Sengès ............. Aux Etats-Unis, les fidèles de l'islam, qui ont eux aussi pleuré les victimes des attentats, craignent d'être assimilés aux terroristes.
Ces jours-ci, Amatullah Almarwani évite les transports en commun. Pour se rendre d'Alameda, son domicile de la banlieue est de San Francisco, à la mosquée de Jones Street, en plein centre-ville, elle insiste pour que son mari la dépose en voiture, malgré les embouteillages qui doublent son temps de trajet quotidien. Secrétaire de la Société islamique de San Francisco, située dans les locaux de la mosquée, Amatullah («servante de Dieu» en arabe), 30 ans, Américaine à la peau blanche et aux yeux bleus, n'est pas prête à renoncer au port du hidjab, le voile qui la couvre de la tête aux pieds. Elle souhaite simplement éviter de provoquer la haine de certains de ses compatriotes, qui ont tendance ces jours derniers à confondre musulmans et terroristes De San Francisco à Manhattan, en passant par Chicago et La Nouvelle-Orléans, la communauté musulmane américaine est devenue l'objet de menaces et d'insultes, au point que le président George W. Bush a condamné publiquement les réactions de haine enregistrées à travers le pays. Dans l'Amérique du melting-pot, les musulmans se sentent traqués. Les cheveux cachés par un foulard jaune à imprimé léopard, Maha el-Genaidi, l'énergique directrice d'Islamic Networks - une association basée à Santa Clara, au cœur de la Silicon Valley - passe ses journées à prodiguer soutien et conseils au téléphone. Une jeune fille se plaint d'avoir été harcelée à l'école sous prétexte qu'elle porte le foulard islamique. Un homme raconte qu'un sac plein de sang (de cochon) destiné à «Oussama bin Laden et ses amis» a été déversé sur la façade d'un centre d'immigration de San Francisco. «Pourquoi cesser de porter le hidjab? s'exclame El-Genaidi. Il faut marcher dans la rue avec confiance, éviter d'afficher sa peur pour ne pas attirer la haine.» Et de marteler: «Nous habitons ici, c'est notre maison, notre pays.» Avec 32 mosquées, 10 écoles islamiques, une quarantaine d'associations, San Francisco et sa région recensent 150 000 musulmans. Beaucoup sont ingénieurs et la région compte un millier d'entreprises fondées par des musulmans. Beaucoup ont émigré en Amérique dans les années 60 et 70, certains plus récemment, attirés par la réputation et le marché de l'emploi de la Silicon Valley. Heilal Omeira, lui, est né dans le sud de la Californie, d'un père syrien et d'une mère américaine. Directeur du Council on American Islamic Relations (Cair), à Santa Clara, il rappelle que 2 000 musulmans travaillaient dans le World Trade Center. Venu d'Algérie il y a quinze ans, Mohammed Hebbar, propriétaire d'une des deux boucheries musulmanes de San Francisco, blâme les «médias contrôlés par les juifs», qu'il accuse de véhiculer l'idée que tout musulman ou arabe est coupable. Hatem Baziam, professeur d'études islamiques à l'université de Berkeley, d'origine palestinienne, estime que la communauté musulmane est doublement victime: «Non seulement elle a, comme tous les autres Américains, pleuré les morts des attentats, mais dorénavant elle est victime du ressentiment de son propre peuple.» |
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